Oxmo Puccino, conteur à la recherche de la lumière

Papa gâteau du rap français sans avoir perdu une crédibilité dont il se moque, Oxmo Puccino est un conteur d’histoires à la voix profonde et un bâtisseur de ponts. Entre le rap et la chanson, entre le rap et le jazz, entre l’ombre et la lumière, entre les générations, entre ceux qui n’aiment pas le rap mais « ça, ça va » et les nostalgiques de « l’âge d’or ». Il est de retour avec La Voix Lactée, son huitième album, le sixième en solo, résolument tourné vers un futur plus humain, entre lumières et nostalgie joyeuse.

1997: la compilation « L432 » enfonce le clou placé par « Hostile », sorti l’année précédente avec Lunatic et X-Men. Cette fois, Lunatic est consacré avec « Les vrais le savent » mais un nouveau venu de l’écurie Time Bomb marque aussi les esprits. Il s’appelle Oxmo Puccino et manie le conte de rue comme personne avant lui. « Pucc Fiction » raconte une tranche de vie d’un gangster mais comme une histoire. Du jamais vu jusqu’alors, et des codes narratifs qui restent encore peu employés. Oxmo endosse ensuite les habits d’un mafieux dans « Mr Puccino », sur la compilation « L’invincible Armada », qui sort la même année.

Mais dès son premier album solo en 1998, certes ponctué d’un « Alias Jon Smoke » du même acabit, il met les choses au point. Abdoulaye Diarra, 24 ans à l’époque, est un conteur multi-facettes, introspectif et ouvert au-delà de ce que peut proposer a priori le rap. « L’enfant seul », un de ses plus beaux textes sur « Opéra Puccino », lui permettra de rentrer à tout jamais dans le coeur des amateurs de rap mélancolique mais aussi, déjà, de tous les autres.

En 2001, avec son deuxième album, Oxmo prend définitivement de la distance avec cette imagerie mafiaïsante et assume sa sensibilité. Nostalgique et sombre, « L’amour est mort » est parfois mal compris dans le milieu du rap, malgré l’amour du hip-hop qui transparaît, et sera un échec commercial. Bouclé sans réelle envie, avec déjà un désir d’arrêter la musique, « Le cactus de Sibérie » suit la même veine en 2004 mais renoue avec le succès. Pourtant, lassé, le Black Popeye décide de raccrocher le micro.

Mais s’il a mal au mic, c’est du son qui coule dans ses veines. Le label Blue Note vient alors le chercher pour ce qui sera le tournant de sa carrière. Un album concept avec les Jazz Bastards intitulé « Lipopette Bar », qui narre les aventures des habitués de ce Lipopette Bar. Un deuxième album concept jazz verra le jour en 2014 avec Ibrahim Maalouf, cette fois sur le thème d’Alice au Pays des Merveilles.

A partir de 2006, le « Black Jacques Brel » écrit aussi pour les autres, notamment pour Florent Pagny et Alizée. « Il faut bien comprendre qu’écrire pour quelqu’un d’autre, c’est un luxe, presque un privilège. Lorsqu’un autre artiste chante vos mots pour la première fois, c’est extraordinaire. Tu comprends alors que cette chanson va être jouée devant des milliers de personnes en concert, des personnes que tu n’as aucune chance de toucher habituellement, » explique-t-il au site Noisey. S’il reste un rappeur, il explose les carcans. En tout cas ceux qui peuvent exister dans la bouche de certains qui voient le rap comme une entité unique, et non une diversité d’artistes et de courants.

Revigoré et désormais certain qu’il est un artiste et que la chanson est sa voie, il creuse son sillon. D’abord avec « L’arme de paix » en 2009, réalisé « à partir de rien » et sans sample, qui lui vaudra une Victoire de la musique pour le « meilleur album de musique urbaine ». « Franchement, je voulais me sortir du carcan du rap. Dans ce milieu, on s’étonne en permanence lorsqu’un MC cherche à s’ouvrir à d’autres horizons. Or, ce mélange culturel, c’est précisément ce que je recherche. Ça permet de se confronter à ses limites et d’être dans une position nettement plus instable, ce qui est toujours plus enrichissant que de rester cantonné dans son cercle initial, » dit-il à Noisey.

Puis, toujours plus lumineux et moins bavard, « Roi sans carrosse » en 2012 et une deuxième Victoire de la musique similaire. Il revient aujourd’hui dans une veine plus dynamique avec « La Voix Lactée », le plus optimiste de ses albums en solitaire. A 41 ans, celui qui se dit « poéteur » dédie sa rime au bien et au-delà de l’introspection, milite pour un projet de vie commun et une responsabilité individuelle qui influe sur celui-ci. « J’assume cette envie d’éclairer le monde, sans attitude engagée ni moralisatrice, » raconte-t-il à RFI. « Ma pierre à l’édifice? Suggérer de modestes pistes, pour tenter de bâtir un monde meilleur avec les moyens dont chacun dispose. Dans Slow life, j’invite ainsi aux moments de grâce, à la contemplation: un appel à vivre! Une chance explique: le bonheur dépend en majeure partie de nous-même, chacun tient en ses mains la responsabilité de sa vie. » Et même la nostalgie s’y fait joyeuse, comme dans « 1998 » ou « Les potes », sorte de suite logique de « Avoir des potes » 15 ans plus tard.

Vincent Schmitz

(publié sur 7sur7.be le 15 novembre 2015)

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