Et ta soeur?

Solange avait des capacités. Elle aurait pu faire le droit ou la compta’ mais, à 16 ans déjà, elle a choisi chanteuse, comme sa soeur. Et comme Janet, elle n’a gardé que son prénom. Mais sa soeur avait déjà fait oublier son nom de famille avant elle. Alors elle a pris la nationale quand sa soeur prenait l’autoroute, pour, au fond, raconter aujourd’hui la même histoire: celle de la condition de la femme noire en 2016, via son nouvel album sorti vendredi, « A Seat at the Table ».

Solange (Knowles), le plus souvent réduite à l’appellation « la soeur de Beyoncé », a sorti vendredi son 3e album intitulé « A Seat at the Table. » Si ses débuts (dès 16 ans) étaient un sous-produit R&B pop de l’époque, la demoiselle suit ensuite à son rythme son propre chemin. Elle prend déjà son temps: il faudra attendre six ans pour le suivant, cette fois motivé par le désir d’un son vintage à la Motown. Un joli succès qui prédit la suite, quatre ans plus tard. En 2012, sort en effet le EP « True », porté par « Losin You », son plus gros succès jusqu’à présent. Solange y a mis de côté le son organique pour des titres plus synthétiques, concoctés notamment par Devonte Hynes, collant parfaitement au renouveau R&B indie électroïsant et lancinant. Elle assoit du même coup son image hipster et alternative, à grands renforts de photos arty léchées et d’artwork so cool.

Indie mais casting de blockbuster

Bref, Solange fait du Sundance quand Beyoncé vise les Oscars, en vieille Mustang derrière le Hummer de sa grande soeur. Hormis une compilation en 2013 pour mettre à l’honneur les artistes du label (Saint Records) qu’elle a créé, il faudra encore attendre quatre ans pour la suite, ce « A Seat at  the Table. »

A 30 ans, Solange fait toujours dans l’indépendant mais avec un casting de blockbuster, comme pour ses précédents projets. On retrouve cette fois les omniprésents Sampha et Kelela, accompagnés par, notamment, Questlove, Raphael Saadiq, Lil Wayne, The Dream, Master P, BJ The Chicago Kid ou encore Q-Tip. Maman et papa apparaissent également lors d’interludes bien sentis, tout comme Kelly Rowland, la copine de Bey. Du travail d’orfèvre tout en douceur et en subtilités, qui prend le meilleur du son de ses deux précédents albums, complété par un livret digital de 112 pages, sous la houlette du sous-estimé en Europe Master P, mais aussi des lectures et de l’éducation à la cause noire Made by Knowles.

Rire au milieu de tout ça

Solange a en effet pris le temps de construire un album dédié à la condition noire, et féminine, notamment dans le titre « Don’t Touch My Hair » qui conjugue ces deux thèmes. Des sujets qui lui tiennent à coeur en plein mouvement « Black lives matter », mais en elle depuis toujours, elle qui explique avoir toujours baigné dans l’activisme avec papa Matthew et maman Tina.

Dans l’un des interludes qui font office de liant tout au long de l’album, on peut même entendre sa mère expliquer pourquoi les Noirs défendent leur cause, et finalement le principe même du slogan « Black lives matter », dans une société américaine très communautarisée. « Ca m’attriste vraiment quand nous ne sommes pas autorisés exprimer la fierté d’être Noir. Et si vous le faites, vous êtes considéré comme anti-Blanc. Non, vous êtes juste pro-Noir et c’est OK. Que tu célèbres la culture noire ne signifie pas que tu n’aimes pas la culture blanche. »

L’émancipation et le bonheur malgré les combats, de race ou de genre, tracent le fil rouge de l’album. « Je voulais que cet album ait ces moments de douleur, qu’il soit capable d’être en colère et d’exprimer la rage, et de trouver comment surmonter ces moments. Mais je voulais aussi que que le gens se sentent émancipés et autorisés à rêver, à s’élever et à rire au milieu de tout ça, » a-t-elle expliqué au magazine The Fader.

La Queen aussi est noire

Et sa soeur alors? Beyoncé a récemment pris le pli de défendre plus activement la cause noire, créant aux Etats-Unis une avalanche d’articles et de débats sur le thème « Beyoncé a découvert qu’elle était noire« . « Ca ne devrait pas être surprenant que deux personnes ayant grandi sous le même toit avec les mêmes parents soient très préoccupées par les inégalités, la douleur et la souffrance de notre peuple en ce moment. Et qu’elles créent de l’art qui reflète cela, » raconte Solange.

Elle ajoute être « très fière de sa soeur. Et je suis vraiment fière de son disque et de son travail, comme je l’ai toujours été. De mon point de vue, elle a toujours été une activiste et toujours été très, très noire. Ma soeur a toujours été une voix pour le peuple noir et pour l’émancipation noire. » Au petit jeu du « je préfère la soeur à la soeur », on choisira les deux. Elles ne sont que deux, ce serait dommage de se priver.

Vincent Schmitz

(article publié sur 7sur7.be le 03 octobre 2016)

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