« Je pisse à côté de Prince, j’ai réussi ma vie »

L’acteur bruxellois Riton Liebman, 52 ans, a commencé sa carrière en 1978. Il a 13 ans lors du tournage de « Préparez vos mouchoirs », aux côtés de Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. Et il n’a que 16 ans quand il tente, seul, l’aventure parisienne, pour côtoyer de près ou de loin Florent Pagny, Yves Boisset, Blier fils et père, Gainsbourg ou Prince. Mais aussi Aldo Maccione. Il raconte son parcours unique sur scène, entre Icare, rires et dépendances.

Henri Liebman, dit Riton, est le fils de Marcel, éminent professeur d’université engagé à l’ombre imposante. Riton s’en libère en 2015 avec le spectacle « Liebman renégat » (Prix du meilleur auteur aux Prix de la critique), qui évoque la vie de son père. Mais celui-ci reste encore bien présent dans « La vedette du quartier », premier volet de sa bien-nommée « thérapie comique » qui se dessinera en trois volets et autant de saisons au Théâtre de Poche à Bruxelles et au Théâtre de l’Ancre à Charleroi. Si l’on parle de thérapie, c’est parce que Riton ne parle que de lui, et donc, comme souvent, de tout le monde.

La vedette du quartier en ’78, c’est Riton. A 13 ans, il s’est retrouvé dans le lit de Carole Laure, devant la caméra de Bertrand Blier. Et Carole Laure était nue. Et malheureusement pour l’ado de l’époque, une seule prise suffit pour enregistrer la fameuse scène. Pour ajouter au désarroi du jeune Riton, ses partenaires de tournage se nomment Patrick Dewaere et Gérard Depardieu, qui font rire tout le plateau et le charrient gentiment. Des monstres du cinéma et une jolie femme dans son lit: pas de quoi se lamenter pour un début. Mais à s’envoler trop vite, on brûle des ailes encore trop fragiles et de l’aluminium recouvert d’héroïne.

Avec une mise en scène astucieuse, Riton raconte sous les projecteurs les premiers soubresauts de sa vie cabossée depuis sa chambre d’ado ou de bonne. A une époque sous Stones, où l’on tentait sa chance à Paris à 16 ans et où l’on filme drôlement des histoires d’amour scandaleuses. Le spectateur se promène dans un Bruxelles d’autrefois, quand Riton sort de l’enfance presque malgré lui pour se retrouver sur les plateaux de Bertrand Blier, ce « phallocrate » responsable de l’immonde « Les Valseuses » (dixit sa mère). Il raconte les premières réactions, entre jalousies et sarcasmes, après la sortie du film. Avec une mise en abyme en vidéo bien sentie, l’accent bruxellois (depuis perdu) en bonus. Puis son arrivée à Paris, sous la bienveillance tracassée de son père, entre grosses moquettes luxueuses et toilettes sur le palier. Et surtout ses rapides désillusions, de figurations en rôles secondaires dans des films qui le sont tout autant.

Un début de vie d’adulte compliqué dès ses 16 ans, qui mêle rencontres à paillettes (Florent P. et Vanessa P., Jean-Claude Brialy, Jean-Louis Trintignant, Yves Boisset…) et solitude sous influences: l’alcool d’abord et puis la drogue, dure. Une mise à nu, et une alternance soulignée par le rythme du spectacle qui navigue entre rires et émotions. Quand Riton « chasse le dragon », la salle se tend. Quand il évoque les radotages d’Aldo Maccione toujours prompt à ramener la discussion à « L’aventure, c’est l’aventure », on rit, avant que la lucidité du bonhomme lui rappelle que, lui aussi, radote encore sur un film tourné il y a près de 30 ans.

Mais il n’y a pas que lui. « Et Depardieu il est sympa? », « C’est vous le petit garçon de Préparez vos mouchoirs, non? », « Carole Laure, tu l’as vraiment hmmmm? » ponctuent longtemps ses années de cinéma et même après. Ce qui le ramène paradoxalement à son rôle cinématographique le plus marquant, mais aussi le premier et le plus douloureux. Il ne suffit pas de côtoyer les grands du show-biz pour en faire partie, et ce n’est pas parce qu’on « pisse à côté de Prince » aux Bains Douches qu’on a réussi sa vie. Riton, 30 ans à la fin de ce premier volet, l’a vite compris. Rendez-vous la saison prochaine pour la suite, mais en attendant, pour réserver vos places, c’est par ici.

« La vedette du quartier » au Théâtre de Poche du 13 au 31 décembre 2016.

Vincent Schmitz

(article publié sur 7sur7.be le 14 décembre 2016)

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