Décès de William Onyeabor, mystérieux pionnier de l’électro-funk

Revenu sur le devant de la scène il y a trois ans à peine par la grâce de la compilation « Who is William Onyeabor? », le mystérieux musicien nigérian William Onyeabor est décédé ce lundi 16 janvier à l’âge de 70 ans. On lui doit notamment « Atomic Bomb » et « Fantastic Man ».

Luaka Bop, le label de David Byrne, à l’origine de la compilation rétrospective sortie en 2013, a annoncé la mort de William Onyeabor sur sa page Facebook, rendant hommage à « un artiste extraordinaire, un businessman et un visionnaire, » ajoutant que le musicien s’est éteint dans son sommeil chez lui, à Enugu au Nigeria.

Pionnier
Né en 1946, William Onyeabor était un pionnier de ce que l’on pourrait qualifier de « synth-funk », un funk artisanal tendance afro-beat à base de synthétiseurs et orgues électroniques, entièrement enregistré dans un home-studio onéreux. Il a sorti un premier album en 1977, « Crashes in Love », sur son propre label Wilfilm Records. Sept autres, également entièrement auto-produits, suivront jusqu’en 1985. C’est en 2013 que son nom refait surface, sous les superlatifs de Damon Albarn, 2 Many DJ’s ou encore Caribou, et séduit des milliers de nouveaux auditeurs avec la compilation « Who is William Onyeabor? » et un court documentaire intitulé « Fantastic Man ».

Mais qui est-il?
Outre sa musique à l’avant-garde, la biographie de l’homme intrigue. « On a remué tout l’Internet et interrogé des centaines de personnes mais à chaque fois, les mêmes rares informations revenaient: William Onyeabor est né dans la région d’Enugu, il a étudié le cinéma en URSS et réalisé un film au Nigeria, qui n’a eu du succès que grâce à sa musique. Il s’est donc lancé comme musicien. Il a publié huit albums sur son propre label, ouvert une usine de pressage de disques et un studio d’enregistrement avant de découvrir Dieu et de tout arrêter. Il vit toujours à Enugu, où il est devenu chef et possède plusieurs entreprises, dont un moulin à farine et un cybercafé, » racontaient les concepteurs de la compilation à Libération. Et il ne fallait pas compter sur lui pour éclaircir le mystère: « Je ne veux parler que de Jésus », répondait-il quand on l’interrogeait sur sa musique ou sa vie.

Rencontre fascinante
Alors que cela devait durer « un mois », le label Luaka Bop avait d’ailleurs eu besoin de cinq ans pour retrouver sa trace, disparue depuis le milieu des années ’80, quand il décidé d’arrêter la musique pour se lancer dans les affaires. A force de persévrance, une rencontre « fascinante » aura tout de même lieu: « Je suis enfin arrivé dans le village et à l’adresse qu’il m’avait finalement indiquée… Je n’oublierai jamais cette expérience. C’était un magasin vide, très sombre, où m’attendait une femme assise sur une chaise en plastique, au pied d’une horloge arrêtée. Elle m’a alors demandé si je venais voir le chef et, comme dans un scénario parfait, si j’arrivais de Russie… J’étais KO. (…) j’ai fini par rencontrer William Onyeabor. C’était l’une des rencontres les plus fascinantes que j’aie jamais faites. Mais il ne m’a rien appris de plus. Je ne sais pas comment il est arrivé à jouer cette musique ni comment il a pu se payer des synthétiseurs aussi coûteux à l’époque, » peut-on lire dans Libé.

Suite au succès de la compilation, le documentaire de 30 minutes « Fantastic Man » bouclait la boucle en 2014 (voir ci-dessous).

Vincent Schmitz

(article publié sur 7sur7.be le 18 janvier 2017)

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