The golden Life of Pablo

Roi des golden tish et prince des sexychoukes, l’humoriste belge Pablo Andres a conquis un nouveau public grâce à ses courtes vidéos nerveuses sur Facebook. Un succès viral qui lui a permis de séduire au-delà des auditeurs de Radio Contact et d’ouvrir grand les portes de Forest National. Mais avant l’humour à plein temps, il y a eu une carrière dans le hip-hop, auquel il continue de s’intéresser de près. Et avant la musique, il y a eu Watermael-Boitsfort, la commune où il a grandi et à laquelle il reste très attaché. De Boitsfort au Botanique (sans passer par Laeken), des Inconnus à Kanye West, petite promenade avec le vrai Pablo, aussi posé que ses personnages sont exubérants.

Un Forest National plein comme un bocal de rollmops. Pablo Andres, humoriste touche-à-tout révélé par ses chroniques quotidiennes très matinales sur Contact, ses vidéos sur Plug, ses apparitions sur TVi et enfin ses capsules humoristiques sur Facebook, promet le 28 avril prochain l’apothéose à ses goldens. La dernière de son spectacle « Entre nous », avec lequel il tourne depuis quelques temps, rebaptisé pour l’occasion « Entre nous 2.0 ». Et pour faire monter la sauce, un vrai clip au refrain Nate Doggien (un carton: près de 750.000 vues et 19.000 partages en deux jours).

Un entre-nous prima de luxe qui n’en est plus vraiment un depuis sa consécration sur les réseaux sociaux. Un succès 2.0 façonné en un an à peine, grâce à plus de 137.000 fans très partageurs sur sa page Facebook, où des personnages farfelus et forts en gueule revisitent face caméra l’actualité en 2 minutes chrono. Sous les traits de l’agent de police Verhaegen, du bourgeois Jerem’ Floquet (de la famille Floquet), ou du triple chien MC Furieux, Pablo Andres claque des punchlines courtes, simples et efficaces. S’il n’a rien inventé, il y exprime talent et spontanéité avec un vocable explosif pour le plus grand plaisir d’une « fanbase » conquise.

« J’ai commencé les vidéos sur le web il y a un an, » nous raconte-t-il, en buvant son café extra sterk dans un mug Star Wars. « La toute première a été publiée lors de l’état d’alerte niveau 4, quand des médias évoquaient une prétendue partouze entre des policières et des militaires. Ca faisait un moment qu’on réfléchissait à la façon de combler mon absence sur le net. Ce sujet-là est arrivé, j’ai écrit en 5 minutes à peine, j’ai un peu improvisé et j’ai balancé la vidéo. » Tournée dans son salon avec son téléphone, cette première est d’emblée un carton et totalise aujourd’hui plus de 335.000 vues et 6.000 partages.

Une réussite qui va le pousser à peaufiner ses capsules, au montage de plus en plus élaboré mais aussi de mieux en mieux maîtrisé. Si, au début, l’exercice demande une journée de travail, désormais, il y consacre entre 3 et 4 heures. Il tourne dans son bureau, où se côtoient une armoire remplie de costumes, un képi en bonne place et, sur les murs, Tortue Géniale, De Niro, Maradona et Gainsbourg. « Ce n’est pas comme la scène. Ca doit être rapide et spontané. » Un fisheye vissé sur la lentille de son smartphone: emballé, c’est pesé, picobello timbre-poste.

Gimme gimme gimmicks
Pablo Andres cherchait une lorgnette pour apprivoiser l’outil internet, il fera mieux en secouant la toile avec son flic fétiche, zwanzeur marollien dont les expressions rappellent l’époque où Bruxelles brusselait. « Au fil du temps, j’ai ajouté des mots de vocabulaire, des expressions qui reviennent. Verhaegen est une caricature du Bruxellois, profil que j’ai connu via mon père et ses potes. Pour Floquet, le on en parle ou pas, c’est une amie qui disait ça, ça sonnait un peu dégueulasse (rires). Un personnage, pour qu’il existe, il faut qu’il ait des points d’attache, une personnalité propre. C’est pour ça que les gimmicks sonores, la gestuelle et le vocabulaire sont importants. Ca facilite la lecture et ça fait marrer. Ca doit être simple, efficace, mais juste. C’est comme un refrain, t’as envie de chanter avec. Un gimmick c’est pareil, les gens se l’approprient. »

Avec son décryptage spontané de l’actualité, Pablo Andres tape dans le mille. Chacune des vidéos distillées au compte-gouttes sur sa page Facebook, selon l’inspiration « ou le temps que j’ai à y consacrer », dépasse les 300.000 vues. « Les vidéos sont plus virales, les gens les partagent. Si la sauce a pris plus facilement sur le web, c’est grâce à mes expériences précédentes. J’avais une base et les personnages étaient plus travaillés. »

La beauté du kitsch
Car avant l’explosion web qui touchera un nouveau public, c’est d’abord à la radio qu’il façonne ses zozos. Libre antenne sur Fun et puis, en 2013, une arrivée discrète sur Contact grâce à un transfuge de Fun qui l’incite à envoyer une démo. D’une chronique par semaine, Pablo Andres passe à une quotidienne dans le « Good Morning ». Boulimique, multitâches, l’humoriste peut alors vivre de son métier et poursuivre son escalade en transposant son univers sur le petit écran de Plug: une carte blanche autoproduite intitulée « Planet Pablo ». « Une super bonne école même si c’est loin d’être parfait ».

L’un dans l’autre, Pablo Andres acquiert une petite notoriété au point de remplir le Cirque royal. Sur scène, il fait défiler sa palette de personnages dont l’agent Verhaegen, MC Furieux ou, moins présents sur le web, Ramon Culo le mafieux et Marc Luthier LeRoy, acteur raté autocentré. Tous sont caricaturaux, voire cartoonesques. Lucide, il affirme vouloir « redonner ses lettres de noblesse à la lourdeur, au ringard. Le kitsch assumé, je trouve ça génial. Comme les costumes: c’est super ringard, à l’heure du stand up élégant. Mais j’aime la poésie du terroir et les trucs super cons, c’est plus fort que moi. »

Ce qui, selon lui, n’autorise pas la légèreté et demande du temps, un mûrissement. Il a par exemple en ce moment plusieurs ébauches en tête, encore trop floues pour être exploitées. « Même si c’est super caricatural, il faut une certaine densité, sinon c’est juste une vapeur de personnage. Floquet, c’est parti d’une ancienne collègue. Une vraie langue de pute, toujours en train de critiquer, mais avec un petit sourire censé adoucir des propos horribles. Elle me donnait des boutons. J’ai commencé à l’imiter devant une connaissance commune, ça la faisait marrer. J’ai mixé ce tempérament avec la caricature d’un bourgeois que je faisais rapper. »
District 1170
Dans une vie précédente, Pablo Andres était en effet rappeur. S’il se montre aujourd’hui moins bavard sur le sujet que sur ses activités récentes, sa carrière musicale aura duré plus de 10 ans, avec un joli succès d’estime. C’est à l’adolescence et en pleine « époque dorée » que Pablo tombe amoureux de la culture hip-hop, qu’il saupoudre déjà de second degré. « Une de mes premières prestations humoristiques en public, c’était déjà Verhaegen. Je l’avais fait rapper – comme sur UPCT – avant même l’éclosion de Kamini ou Deano. » Pas de revendication et encore moins de gangsta-rap dans ses textes, ce que ses parents ont compris, pas forcément inquiets. « Je n’ai jamais été un mauvais garçon, j’étais rebelle, comme un ado peut l’être. Mes parents voyaient plus ça comme une phase. »
Des parents installés dans les rues calmes de Watermael- Boitsfort depuis le plus jeune âge de l’humoriste, fruit du ciel bas de Belgique et du guitarrón ensoleillé du Mexique grâce à une rencontre improbable, en Egypte, entre un jeune Bruxellois et une étudiante de Leuven fraîchement arrivée de Tijuana. A la maison, on parle le français mais toute la scolarité est flamande, la langue maternelle côté paternel.

Après une parenthèse à Etterbeek, Pablo Andres retourne dans le 1170, où « t’es en ville mais t’as l’impression de vivre dans un village. » Le Mexique n’est pas loin, grâce aux longues vacances dans la famille maternelle. C’est là qu’il apprend l’espagnol et s’ouvre à la culture et aux coutumes locales. Les références sont par contre hexagonales: Les Inconnus, le Splendid, Chabat, les comédies françaises… puis anglo-saxonnes: Richard Pryor, Will Ferrell et Louis CK en tête.
Débrouillard à jamais
Mais avant de suivre la trace de ses modèles, Pablo Andres, sous son nom déjà, se fait donc connaître sur la scène hip-hop belge. La découverte de Public Enemy le convertit, avant Cypress Hill, NTM, IAM et surtout le collectif Native Tongues. Dès 1998, il pose sur « 50 MC’s », l’une des mixtapes fondatrices d’une nouvelle école ambitieuse. Suivent d’autres mixtapes, des freestyles à l’arrache sur les ondes de Chronyx ou d’Oskoorland, et, en 2005, la compilation très remarquée « La Face C », initiée par Depar, monsieur GiveMe5, son ami d’enfance et homme de l’ombre de l’underground belge.

« On chillait à Ixelles, on écoutait du son, on buvait des pintjes et on rappait. On croisait plein de gens, c’était un milieu créatif, avec des personnages super riches qui gravitaient autour. » Des « personnages » qu’il invite encore dans ses productions humoristiques. Sans le savoir, vous avez sans doute aperçu derrière Ramon Culo les membres du Bunker, « des potes qui ont toujours été super drôles » (avec qui il a aussi clippé le titre Blong Blong en 2007). Dans le dernier clip en date, on peut apercevoir Jean Jass et Isha, autres valeurs sûres du genre. « Il y avait aussi Marc Zinga (vu dans le dernier James Bond, ndlr) ou Stromae… Ils n’ont pas attendu qu’on vienne les chercher, ils faisaient des choses avec peu de moyens, ça bougeait. S’exprimer, écrire, faire de la scène, produire, monter un projet. Ca m’a appris la culture de la débrouillardise, c’est le point commun de tout ça. »

Pablo Andres se fait rapidement remarquer, surtout sur scène (Dour, Francos, premières parties…), où il se produira notamment avec un  « vrai » groupe. Quelques récompenses, quelques clips et pour clore le chapitre en 2011, « Niño del Sol », un album aux influences latines réalisé avec des membres du Saïan Supa Crew et récompensé par un Octave de la musique. Depuis, plus question de revenir au rap « sérieux », même si il suit toujours le mouvement, des rappeurs belges à Kendrick Lamar ou Kanye West.

La musique ne paye que rarement en Belgique, il commence donc en même temps des doublages, surtout pour des dessins animés ou des séries (hé là-bas les Jonas Brothers!), et anticipe l’après. « Je travaillais déjà des personnages en parallèle. Après l’Ihecs, j’ai suivi des cours de théâtre pendant trois ans… je testais des trucs, des petits cafés théâtres… mais grâce à la musique, j’ai eu la possibilité de monter sur scène. Et je voulais absolument faire un album. Le rap, ce n’était pas ce que c’est aujourd’hui et le projet a pris plus de temps que prévu. C’est seulement quand j’ai enfin sorti mon album que je me suis dit que j’allais pouvoir exprimer l’autre facette. »

La vedette de la police
Si le rap lui assurait un public de niche et la radio une certaine invisibilité, aujourd’hui, son succès viral en vidéo en a fait une petite vedette, à son corps défendant. Pas toujours facile de se prêter au jeu des selfies quand on quitte le peau de pêche de MC Furieux. « Au début, j’étais super mal à l’aise… Mais une certaine timidité ou de la pudeur, ça peut vite passer pour de l’arrogance. Maintenant je fais ça avec plaisir, même si ce n’est pas forcément ce que je recherche. J’essaye de rendre ce que les gens me donnent. »

Ses personnages caricaturaux jouissent d’ailleurs d’une certaine bienveillance. « C’est parce que je ne moque pas. Au début, je me suis dit les flics vont me faire la misère mais c’est l’inverse, ils sont super cool. Lors d’un contrôle d’alcool, je me suis fait arrêter, ils ont imité l’agent Verhaegen et m’ont laissé passer. Même si de toutes façons, je n’avais rien bu. En fait, tous mes personnages veulent être quelqu’un qu’ils ne sont pas. Verhaegen veut avoir une autorité qu’il n’a pas. Un chihuahua qui se prend pour un pitbull, c’est toujours drôle. Du coup, les gens voient que je ne me moque pas d’une communauté ou d’un métier. »

Sa récente notoriété ne l’empêche pas de penser à l’après, dans la mise en scène ou la fiction, « il y a encore plein de trucs à apprendre mais un terrain de jeu à la fois… »  D’abord, le pari Forest National, qui va au-delà de ses espérances (qui tournaient autour des 3.000 places). Plus de 5.000 tickets ont déjà été vendus et l’on se dirige vers un Forest bien rempli, une première pour un humoriste belge. Ce qu’il veut en retirer? L’expérience, encore. « C’est audacieux. Moi-même, parfois, je me dis que je me suis emballé. Avec ce nouveau public, on s’est dit que c’était jouable. Artistiquement, c’est un gros challenge: Forest, ce n’est pas le meilleur cadre, ce n’est pas chaleureux. Mais ça m’excite et m’oblige à me dépasser. On va faire des erreurs, mais tant pis, on apprendra. »

Stou.

Vincent Schmitz & Loïc Struys

(article publié sur 7sur7.be le 4 février 2017)

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